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En France, les troubles dépressifs sont responsables de 35-45% des arrêts de travail. 129083582/NOBU – stock.adobe.com

Les chômeurs, les personnes ayant un faible revenu et les étudiants sont de plus en plus nombreux à souffrir d’épisodes dépressifs, selon une nouvelle enquête de Santé Publique France.

Près d’un sur dix: c’est la part de Français ayant connu un épisode dépressif en 2017, selon une étude publiée mercredi par Santé Publique France. Les femmes ont été davantage touchées que les hommes: elles sont deux fois plus nombreuses à avoir traversé une dépression cette année-là. De même, les chômeurs, les personnes ayant un faible revenu, les étudiants ou encore les personnes invalides ont été plus sujets à cet état que le reste de la population.

Cela faisait sept ans que le moral de la population française n’avait pas été sondé ainsi. Pour la première fois depuis 2010, Santé Publique France s’est donc employée à interroger par téléphone plus de 25.000 personnes âgées de 18 à 75 ans. Sommeil, consommation de drogues et d’alcool, situation professionnelle et familiale, sexualité, idées noires… Au total, les participants ont répondu à plus de 400 questions explorant bon nombre des facettes de leur vie..

La dépression a progressé en France

Comment savoir a posteriori – et de surcroît par un simple entretien téléphonique – si une personne a vécu un épisode dépressif au cours de l’année écoulée? Les enquêteurs de Santé Publique France se sont pour cela appuyés sur une définition stricte. Un état dépressif se caractérise par une période d’au moins deux semaines consécutives où l’individu se sent triste, déprimé, sans espoir et sans entrain. Si à cela s’ajoutent au moins trois symptômes (épuisement, prise ou perte de poids, difficultés à dormir ou à se concentrer, idées morbides, perte d’intérêt pour les activités qui donnent habituellement du plaisir) et que la vie quotidienne s’en trouve perturbée, on peut alors parler d’épisode dépressif.

«La fréquence de l’épisode dépressif a augmenté de plus de 5 points chez les chômeurs sur la période 2010-2017 et de 4 points chez les étudiants entre 2005 et 2017» Santé Publique France

L’enquête révèle que 9,8% des personnes interrogées sont passées par un épisode dépressif en 2017. Les 18-44 ans ont été majoritairement touchés, tandis que la fréquence de ces coups de blues diminuait progressivement à partir de 45 ans. Autre résultat marquant: davantage de personnes ont été sujettes à un épisode dépressif en 2017 qu’en 2010 (+2%). La fréquence de l’épisode dépressif «a augmenté de plus de 5 points chez les chômeurs sur la période 2010-2017 et de 4 points chez les étudiants entre 2005 et 2017», indiquent les auteurs. Quant aux personnes ayant les plus faibles revenus, on constate une hausse du taux de dépressions de 3 points par rapport à 2010.

La dépression, un mal en partie sociétal?
Les femmes étaient deux fois plus touchées que les hommes, en particulier les étudiantes et les célibataires. «Une des hypothèses explicative principale est la différenciation des rôles et positions sociales selon le sexe, impliquant des différences aussi bien en termes d’exposition au stress que de stratégies pour y faire face», indiquent les auteurs de l’enquête. Autre explication avancée: les hommes seraient moins enclins à admettre qu’ils vont mal et ils extérioriseraient leur mal-être par d’autres biais (addictions, troubles de conduites…). Parmi les hommes interrogés, ceux vivant seuls ont plus fréquemment vécu un trouble dépressif en 2017.

«Les troubles dépressifs sont responsables de 35 à 45% des arrêts de travail » Santé Publique France

Pour la première fois, l’enquête révèle qu’il existe un lien fort entre la survenue d’un épisode dépressif et le milieu socio-économique. Les personnes avec un faible revenu avaient ainsi deux fois plus de risques de faire une dépression que celles appartenant à un milieu socio-économique élevé. Par exemple, «les femmes aux revenus les plus élevés avaient un risque diminué de 30% de présenter un épisode dépressif par rapport aux autres catégories de revenus», souligne le rapport. Par ailleurs, le chômage et l’inactivité ainsi que les événements de vie comme les ruptures affectives (divorce, veuvage) accroîtraient les risques de dépression.

«La prévention et la prise en charge des états dépressifs, de par leurs impacts sanitaires, économiques et sociaux, doivent s’imposer comme des priorités de santé publique», conclut Santé Publique France, rappelant que les troubles dépressifs sont responsables de 35 à 45% des arrêts de travail et qu’ils sont impliqués dans plus de la moitié des cas de suicide.